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ESSAIS : Près des abeilles, Georges Navel

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Avons-nous oublié qui était Georges Navel ? Bons nombres de textes réédités ou inédits nous le rappellent à juste titre dont celui publié par Gallimard en 2025 Près des abeilles. Ouvrier, paysan, anarchiste, déserteur et soldat mais aussi écrivain, d’une sensibilité universelle, Georges Navel fut un homme du XXe siècle européen, marqué par les guerres comme par les idéaux. C’est Jean Giono, dans la préface, le définit le mieux, en redessinant par là même les contours de ce que peut être un grand écrivain  « C'est pourquoi j'admire tant les livres de Georges Navel. Ici la réalité est maniée de main de maître. Elle est nue et crue, c'est incontestable; la sublimation se fait par tendresse. C'est le grand moyen, le moyen aristocratique par excellence, le seul valable mais qui n'est à la disposition que des véritables écrivains, de ceux qui ont quelque chose à dire et qui aiment à dire ce qu'ils disent. Il procède par une petite phrase courte qui ne tire que sa ch...

Le bateau de marbre blanc de Mikhaïl Chichkine : essai sur la culture russe

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Le bateau de marbre blanc de Mikhaïl Chichkine est un essai limpide, passionnant, d'une grande intelligence sur les grands noms qui ont fondé la littérature russe, sur son évolution, sa survie et sur ce qu'elle peut encore porter dans un monde en crise, quand dans son propre pays, on n'a cessé de l'élever et de vouloir la briser d'un même mouvement.  C'est une texte qui dit aussi l'attachement puissant à des racines tout en sachant la nécessité de devoir les porter loin : " Que reste-t-il ? L'émigration ? L'exode russe, mais il bat déjà son plein. Nous sommes des millions ", affirme l'auteur.  La défense d'une littérature russe qui serait le début d'une nouvelle Russie n'existe pas géographiquement, c'est impossible, mais elle est liée à des gens qui s'opposent et la défendent partout où ils se trouvent, par la notion de réseau notamment. Ce serait l'idée de la connaissance et du maintien d'une littérature ...

Cy Twombly, Roland Barthes

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  "C' est en somme une écriture dont il ne resterait que le penchement, la cursivité, dans le graphisme antique, la cursive est née du besoin (économique) d'écrire vite : lever la plume coûte cher. Ici, c'est tout le contraire : cela tombe, cela pleut finement, cela se couche comme des herbes, cela rature par désœuvrement, comme s'il s'agissait de rendre visible le temps, le tremblement du temps",  Roland Barthes, Cy Twombly, 2016. 1.Cy Twombly, School of Athens, huile, peinture industrielle, crayon de couleur et mine de plomb sur toile, 190,3 x 200,5 cm, 1961. 2. Cy Twombly, Huile, craie grasse et crayon sur toile, 205 x 209 cm, 1964.

L’urgence et la patience, J.P Toussaint

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  Récit d’un rapport à la création, au souffle qu’est le texte qui peu à peu devient, Jean-Phillippe Toussaint revient sur son premier contact à l’écriture et analyse le rapport qu’il a à la fiction. Dans ces zones infra-textuelles, nous plongeons avec lui, dans et hors du monde, là où affleure et se construit l’objet littéraire à part entière.   « La scansion qui s'installe alors, les mots qui s'emballent, qui foncent, se précipitent sur les traces du pur-sang, le rythme heurté, saccadé, de la phrase, calqué sur le galop du cheval, ont quelque chose à voir avec le souffle qui manque, on est l'auteur, le lecteur, les poursuivants, la phrase littéralement, à bout de souffle.   A côté de ces scènes qui s'écrivent dans l'urgence, il y a les moments où l'on n’avance plus, où le vent est tombé, où l’on est irréparablement encalminé. C'est là qu’il faut être persévérant, s'accrocher, serrer les dents, continuer à ne pas y arriver, car l'urgence progresse...

L'espace littéraire, Maurice Blanchot

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  « Ecrire, c’est se faire l’écho de ce qui ne peut cesser de parler, - et, à cause de cela, pour en devenir l’écho, je dois d’une certaine manière lui imposer silence. J’apporte à cette parole incessante la décision, l’autorité de mon silence propre. Je rends sensible, par ma médiation silencieuse, l’affirmation ininterrompue, le murmure géant sur lequel le langage en s’ouvrant devient image, devient imaginaire, profondeur parlante, indistincte plénitude qui est vide. Ce silence a sa source dans l’effacement auquel celui qui écrit est invité. Ou bien, il est la ressource de sa maîtrise, ce droit d’intervenir que garde la main qui n’écrit pas, la part de lui-même qui peut toujours dire non et, quand il faut, en appelle au temps, restaure l’avenir. Lorsque, dans une œuvre, nous en admirons le ton, sensibles au ton comme à ce qu’elle a de plus authentique, que désignons-nous par-là ? Non pas le style, ni l’intérêt et la qualité du langage, mais précisément ce silence, cette force v...

L’avenir du roman en question : Nathalie Sarraute, L’ère du soupçon

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Crédit photo " Un livre pour ", 2023.  L'Ère du soupçon   est un essai de Nathalie Sarraute (1900- 1999) composé de quatre articles publiés par entre 1947 et 1956, année de sa parution aux éditions Gallimard. Ce recueil, contemporain des premiers écrits des « nouveaux romanciers » (Robbe-Grillet, Butor, Simon…) est généralement considéré comme le premier    manifeste du « nouveau roman » ( Pour un nouveau roman  d’Alain Robbe-Grillet ne paraîtra qu'en 1963). Cependant, au-delà de certaines idées propres au nouveau roman qu’il contient en germe, il constitue surtout un témoignage sur les débats littéraires en cours dans les années de l'après-guerre, ainsi que celui d’un auteur qui  réfléchit sur son activité créatrice. Ainsi, l’essai de Nathalie Sarraute reste encore aujourd’hui une œuvre cruciale pour quiconque s’intéresse aux problématiques du roman, à sa pertinence comme genre littéraire et à son évolution au fil du temps.   E...

Marcher la vie, un art tranquille du bonheur, David Le Breton

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La manière dont nous nous déplaçons en dit long sur une certaine évolution de la société. L’apport des nouvelles technologies nous permet d’aller toujours plus vite. Face à cette envie de gagner du temps pour tout se tient la pratique ancestrale de la marche. Dans les années 50, nous marchions en moyenne 7 km par jour. Aujourd'hui, la distance parcourue à pied s'est réduite à 300 mètres en moyenne. Un jour, nous ne marcherons peut-être plus que sur un tapis dans une salle de sport en regardant le JT, ou suffira-t-il de « programmer un univers virtuel donnant le sentiment de marcher en toute sécurité au coeur de la forêt vierge débarrassée des serpents réels, mais non du frisson de les imaginer - ou encore dans le désert sans craindre la soif car, en suspendant le dispositif, on pourra avaler un verre d’eau dans la cuisine ». Loin des scénarios alarmistes dignes des meilleurs récits de science-fiction, David Le Breton, anthropologue et sociologue, professeur à ...

Les impatientes, Djaïli Amadou Amal

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  Une voix à porter haut et fort pour dénoncer les atrocités que vivent les femmes du Sahel !   Dans un style simple mais percutant, Djaïli Amadou Amal nous relate les violences conjugales dont sont victimes les femmes du Sahel. C’est un récit bouleversant et tragique, nécessaire à la dénonciation des atrocités que subissent encore certaines femmes de nos jours.   Née dans l'extrême nord du Cameroun, Djaïli Amadou Amal est peule et musulmane. Mariée à 17ans, elle a connu tout ce qui fait la difficulté de la vie des femmes du Sahel. Lauréate du Prix de la meilleure auteure africaine 2019 et du prix Orange du livre en Afrique 2019, elle est publiée pour la première fois en France. Extrait 1 : « Jusqu’au dernier moment, naïvement, j’ai espéré un miracle qui m’épargne cette épreuve. Une rage impuissante et muette m’étrangle. Envie de tout casser, de crier, de hurler. Ma sœur ne retient plus ses larmes et sanglote. Je suffoque. Je cherche sa main et la serre f...

Charles pépin, Les vertus de l’échec

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« Ni rire, ni pleurer, comprendre », Spinoza. Changer le regard que l’on porte sur l'échec, tel est le challenge que cet essai se fixe. «En France, échouer est mal perçu. Nous y voyons une faiblesse, une faute, et non un gage d'audace ou d'expérience». Pourtant, le succès est souvent l’aboutissement de parcours chaotiques, de rêves rompus ou de destinées mal engagées. De Gaulle, Mandela, Barbara, Ray Charles sont autant d’exemples qui nous prouvent que la réussite est certes affaire de talent mais aussi de persévérance, de volonté, de passion et de courage… Sous le crible des grands philosophes que Charles Pépin vénère, l’auteur nous invite à explorer les différents chemins qu’ont emprunté ces personnalités qui ont toutes composé avec l’échec, se battant pour leurs idéaux, parfois au péril de leur vie ou à l’épreuve du temps. Ainsi, on se souvient qu’Abraham Lincoln a du attendu d’avoir 60 ans pour devenir président des Etats-Unis et que c’est à lui que nous devons l’abol...