Insuline & Magnolia, Stanislas Roquette
« Tu sais, nous, nous bringuebalons sans cesse avec le jour, de cahin pour caha, toujours peur de la suite, entre novembre et dimanche soir, lorgnant le bout par la vie brève, le cœur à l’estocade et la grâce en attente… »
15 ANS. Stanislas est atteint
d’un diabète insulino-dépendant. Tout s’écroule. Il faut réapprendre chaque
geste, vivre autrement, prêter attention, constamment. Faire face, la mort aux
trousses, l’estomac noué, accepter l’aigre vie contenue dans les mesures. Au
lycée, il rencontre une étrange jeune fille, insouciante et intrépide. Fleur vit
dans les marges, à contre-courant. Son langage est poésie, sa soif des mots,
comme celle de vivre, avide, viscérale. Ensemble, ils arpentent de nouveaux
chemins, hors des balises familiales, hors des codes de leurs pairs, hors des
peurs. Ils passent outre les épreuves, êtres dangereusement filaires accrochés l’un
à l’autre. De l’amitié ? ou de l’amour, peut-être.
Insuline & Magnolia
est un texte sur l’adolescence, sur ces instants charniers de l’appropriation
première du soi face à l’insolente liberté. C’est un texte à la frontière des
genres (roman, poésie, théâtre) qui dit aussi la porosité des liens, des
univers, comment ils s’aliment et se nouent, comment joue le destin.
Stanislas Roquette est
dramaturge. Il a incontestablement le don de tenir le spectateur à flanc, avant
que de l’entrainer là où le goulot étrangle. Le procédé semble facile, le point
de départ est théâtral, schématique, si schématique qu’à la restitution des
poèmes que Fleur égraine comme on préparait le jardin qu’on aimera, au moment
où l’on s’y repose, il nous attrape. On commence là à percevoir ce qui se joue
d’inversion dans cette histoire à priori anodine, l’histoire adolescente qui
dit si justes et si vrais les attachements irraisonnés.
Texte bref à la tonalité
tragique, Insuline & Magnolia
est avant tout un hommage, un hommage au langage, à ce qu’il peut et à
ce qui lui échappe. Et c’est bien là encore où les personnages s’attachent que
le lecteur prend sa part, que tout fait lien, que l’héritage devient complet.
Le fil est à l’auteur, et il est fermement tenu.
Lisez-le d’une traite !
« Grand fleur des apogées, céleste et dérisoire, ma sœur en canular, ma copine en poème, petite fleur de papier, je te fais mon envoi de mots les plus fragiles, de fantasques arabesque et de sketchs potaches. Tu t’y reconnaîtras, t’y reconnaitras pas. J’ai mis de l’arrangement, j’ai mis de la licence, mis tout ce qui te fait qui fait que je suis là, tes voyages en panache et ta grammaire sauvage, tout ton accoutrement et ta folle dégaine… »
Actes Sud-Papiers, Au singulier, 2023.
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